giovedì 2 luglio 2015

Garrigues risponde: la dottrina non cancella la misericordia

di Jean-Miguel Garrigues op

Dopo la pubblicazione sul numero del 13 giugno de La Civiltà cattolica di un'intervista al domenicano p. Jean-Miguel Garrigues, - intitolata "Chiesa di puri o nassa composita" - nella quale quale ipotizzava due casi nei quali si può prevedere la riammissione dei divorziati risposati ai sacramenti, si sono registrate almeno due reazioni di dissenso. Una a firma del filosofo Thibaud Collin e l'altra da parte di un religioso, anch'egli domenicano, in forma anonima. Di seguito il testo nel quale p. Garrigues da un lato difende la propria argomentazione e dall'altro lamenta il tono dei due interventi che lo accusano di essere contro il magistero della Chiesa. Su La croix del 30 giugno una ricostruzione della discussione e il link al sito http://www.france-catholique.fr/ che ha pubblicato il 26 giugno 205 la difesa di padre Garrigues (red.).


DIVORCÉS REMARIÉS:
LA DOCTRINE NE VERROUILLE PAS LA MISÉRICORDE

Dans un récent entretien paru dans la revue La Civiltà Cattólica [1], pour répondre au souci miséricordieux du pape François envers les naufragés de la vie conjugale, j’ai suggéré à l’autorité de l’Église, à titre – dois-je le souligner ? – de simple opinion théologique, deux cas de possibles dérogations exceptionnelles pour l’accès à la communion des divorcés remariés. Aussitôt, de plusieurs côtés, on m’a reproché de « m’opposer formellement » au Magistère. Un « théologien dominicain », resté dans l’anonymat mais cité dans la chronique d’un vaticaniste, a même écrit que ces deux opinions sont « deux propositions condamnées » par le Magistère. Mes objectants citent à l’appui deux lettres aux évêques du cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, en 1994 et 1998.
En raison de ces deux lettres, des théologiens ont dû, par obéissance à la discipline en vigueur, garder le silence sur ce sujet. Or il semble bien que c’est justement à ce silence que le pape François a voulu manifestement mettre fin en permettant au cardinal Kasper d’exposer librement ses vues devant le consistoire des cardinaux qui réfléchissait en février 2014 sur la famille. Non sans doute, comme on le lui a aussitôt injustement reproché, qu’il partageât toutes les vues du cardinal, mais parce qu’il trouvait plus sain de réfléchir sur cette question grave dans le cadre d’une recherche de « théologie sereine » plutôt qu’à coups d’interdictions autoritaires.
C’est le Magistère qui est ultimement l’interprète du Magistère et, en libérant le débat théologique, le pape a estimé visiblement que, si le principe de l’indissolubilité du mariage est fixé depuis les paroles du Christ et si sa doctrine s’est développée de manière homogène jusqu’à ses prédécesseurs, tout n’est pas pour autant définitivement clos dans le traitement pastoral et disciplinaire de certains cas d’espèce. Si le Saint-Père a permis que l’on exprimât dans le cadre d’un consistoire des positions théologiques autrement plus radicales que les miennes, je crois être en droit, sans que l’on crie pour cela au scandale, de soumettre une opinion théologique dans une revue autorisée sur deux cas de possibles dérogations exceptionnelles à la norme générale.
Il est, en effet, doctrinalement acquis qu’il ne faut pas donner l’eucharistie à ceux qui vivent dans le péché d’adultère. C’est pourquoi la voie normale pour des divorcés est, avant tout remariage civil, de faire examiner la validité de leur mariage par un tribunal ecclésiastique. À cet égard, dans le sillage direct de l’idée force du dernier discours du pape Benoît XVI à la Rote en janvier 2013, le discours du pape à la Rote ce 23 janvier 2015 ouvre déjà un chemin à une plus grande équité dans le jugement sur la nullité de certains mariages. L’un et l’autre pape ont en effet demandé que, dans les sociétés déchristianisées, les tribunaux ecclésiastiques ne considèrent plus comme acquise de fait l’adhésion des conjoints aux fins du mariage en l’absence d’une vie chrétienne effective.
Le pape François a, en effet, insisté très fermement sur la nécessité de prendre en compte le fait que beaucoup de nos contemporains sont aujourd’hui victimes d’une « sorte de mondanité spirituelle » dont « le fruit est une foi renfermée dans le subjectivisme, où seule compte une expérience déterminée ou une série de raisonnements et de connaissances que l’on considère comme pouvant réconforter et éclairer, mais où le sujet reste en définitive fermé dans l’immanence de sa propre raison ou de ses sentiments ». Or, dit-il, « il est évident que, pour celui qui se plie à cette attitude, la foi reste privée de sa valeur d’orientation et de réglementation, laissant le champ libre aux compromis avec leur égoïsme et les pressions de la mentalité courante, devenue dominante à travers les mass media (…). Le mariage tend à être vu comme une simple forme de gratification affective qui peut se constituer de n’importe quelle façon et se modifier selon la sensibilité de chacun ». Dans ce contexte, où la conscience obscurcie ne discerne plus objectivement les fins du mariage, on ne peut pas présumer de la validité du consentement aux fins du mariage en vertu du simple fait que le rite et même la préparation ont été accomplis. « Cette éventualité, dit le pape, ne doit plus être considérée exceptionnelle comme par le passé, étant donné justement la prédominance fréquente de la pensée mondaine sur le Magistère de l’Église ». Ce sont non seulement les juges ecclésiastiques, mais aussi les pasteurs qui préparent des mariages, qui devraient désormais en tenir compte pour refuser éventuellement le mariage sacramental.
Comme j’ai eu l’occasion de le dire l’an dernier à Rome dans ma communication au colloque Fides foedus de l’Institut Jean-Paul II pour la famille, je pense que ces cas de nullité vont de fait avoir tendance à diminuer fortement en Europe occidentale, dans un avenir pas si lointain, du fait de la sortie de chrétienté de certaines de nos sociétés, qui entraîne la diminution rapide du nombre des mariages religieux de ces personnes qui n’étaient chrétiennes que de manière mondaine [2]. Or, l’on constate que, dans le même temps, le nombre des mariages civils diminue encore plus fortement dans ces sociétés déchristianisées, au point qu’on peut se demander si un jour dans certains pays le mariage ne deviendra pas l’apanage des seuls catholiques fidèles, car les autres ne verront plus le sens du mariage civil. Voici une raison supplémentaire, disais-je, pour ne pas donner dans le piège d’édicter des normes générales pour une situation évolutive, risquant par là d’obscurcir la portée prophétique du mariage chrétien indissoluble, et donc de traiter en stricte équité, par d’éventuelles déclarations de nullité, les multiples cas de divorcés issus de mariages « mondains » qu’a générés la sortie de chrétienté.
Deux papes successifs ont tracé la voie principale pour traiter en équité stricte bon nombre des cas de rupture conjugale. Ayant exercé comme prêtre en paroisse pendant vingt ans et ayant eu souvent un soupçon sérieux de bénir bien des mariages nuls, que j’étais canoniquement tenu de célébrer après la signature par les fiancés de déclarations d’intention dûment expliquées, je témoigne qu’en France ces mariages ont été très fréquents, même si, comme je l’ai dit, ils diminuent de plus en plus fortement, du fait de la chute de la pratique religieuse et de la désaffection du mariage, mais aussi du fait d’une préparation plus exigeante à celui-ci. Il appartiendra au synode et en définitive au Saint Père de discerner si l’Église peut aller plus loin dans la miséricorde envers d’autres cas particuliers de naufragés du mariage, dans une ligne où l’équité juridique devient certes plus nettement épieikeia selon le sens d’indulgence qu’il prend dans le Nouveau Testament.
J’ai évoqué pour ma part le cas d’un couple de divorcés remariés, où la partie divorcée a en conscience une conviction morale, fondée bien que non prouvable juridiquement, de la nullité de son mariage religieux, ou bien le cas d’un couple du même genre, où les partenaires se repentent sincèrement mais sont empêchés de revenir au lien conjugal qu’ils ont rompu, parce que l’un ou (et) l’autre des conjoints légitimes doit élever des enfants dans sa nouvelle union civile. Peut-on être si sûr qu’ils « sont dans le péché », comme on l’entend dire souvent ? C’est ce que disent mes objectants, souvent pour des raisons de dissuasion pédagogique au niveau de la société dans son ensemble. Mais est-ce miséricordieux, est-ce même juste dans le cas de ces couples, si de fait dans le premier cas il n’y avait pas eu de mariage religieux valide et si, dans le second, il y a vrai repentir mais conflit de devoirs par rapport à un retour au statu quo ante ? La continence est certes la voie de crête toute droite, et Dieu donne à certains divorcés remariés la force admirable de l’embrasser dans ce qui reste à bien des égards une vie de couple, mais ceux qui n’ont pas cette vertu éminente sont-ils pour autant « dans le péché » ? Je remarque que les prêtres qui sont en contact pastoral avec des cas de ce genre sont la plupart du temps moins catégoriques que bien des laïcs, qui disent vouloir protéger leurs enfants de cette dérive morale contemporaine qu’est le divorce. Toutefois, le jour où un de leurs enfants divorce – car cela n’arrive pas qu’aux autres –, ils deviennent souvent beaucoup plus compréhensifs, voire laxistes.
À propos des deux lettres de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi invoquées par mes objectants, ceux-ci n’ont pas pris en considération qu’elles se situent dans le cadre de la discipline actuelle et que, ni là ni nulle part, le Magistère n’a exclu pour autant par un acte définitif qu’il puisse y avoir quelques dérogations exceptionnelles pour des cas d’espèce que lui-même pourrait discerner. À qui fera-t-on croire que ces dérogations, que des Pères de l’Église ont pratiquées, seraient un « acte intrinsèquement mauvais » qui ne pourrait, par sa nature, connaître d’exception  [3] ? Pour ma part, j’ai simplement suggéré que l’Église se penche sur ces deux cas parce que, durant vingt ans, dans la paroisse où j’étais prêtre, j’ai pu constater qu’ils touchent des fidèles que je voyais, et pas seulement au for interne, conséquents avec leur foi et obéissants dans leur vie chrétienne. J’ai fait remarquer que ce sont des cas ponctuels par rapport aux cas très nombreux de ceux qui, marginaux par rapport à la foi vécue en Église, demandent à grand tapage médiatique le changement de la discipline générale pour les divorcés remariés, avant tout pour légitimer socialement leur nouvelle union. Ces cas de personnes qui n’ont qu’un rapport sociologique voire mondain avec la foi et la vie de l’Église relèvent de nullités de mariage qui pourraient être jugées plus rapidement par des tribunaux, en fonction de ce que demandent les discours à la Rote du pape Benoît XVI en 2013, et du pape François en 2015.
J’accepte et je respecte mes contradicteurs quand ils m’opposent leurs objections sur l’inopportunité de ces dérogations exceptionnelles, dont ils ne veulent pas, car ils craignent qu’elles fassent le lit d’un changement général de la discipline qui irait à l’encontre de l’indissolubilité du mariage.
En matière de prudence, personne ne peut être totalement sûr de ce qu’il avance. Si, après les deux synodes, le pape juge dans son exhortation apostolique qu’il ne faut rien changer, les catholiques que nous sommes s’inclineront tous dans l’obéissance. Je suis simplement étonné de voir mes contradicteurs soutenir obstinément, contre des citations explicites de saint Thomas d’Aquin que je rappelle ici [4] que, chez lui, l’épiekeia ou équité ne concerne que les modalités d’application de la loi générale et qu’elle ne peut en aucun cas concerner des cas de dérogation exceptionnelle.
Je trouve en revanche inadmissible qu’ils exigent, en invoquant abusivement l’argument d’autorité, que les théologiens reviennent à une discipline de silence que le pape François a manifestement levé. Qu’on me permette à ce sujet une réflexion générale en tant que théologien ayant beaucoup étudié la Tradition de l’Église. L’histoire de l’Église a montré, de l’Antiquité à nos jours, qu’à plusieurs reprises les zélateurs du dernier concile ou du dernier pape, en ayant poussé ses principes jusqu’à l’extrême dans un système verrouillé, se sont retrouvés ensuite scandalisés par l’évolution du Magistère ultérieur, dont ils ne voyaient plus l’homogénéité avec ce qu’ils croyaient être le Magistère antérieur, mais qui était en fait leur Tradition, leur Concile ou leur Pape. À la veille du concile Vatican II, il y avait des théologiens, voire des cardinaux, qui considéraient comme scandaleuses certaines choses que celui-ci allait approuver. Des mesures disciplinaires avaient même empêché que des théologiens enseignent certaines d’entre elles. Les réticences que d’aucuns manifestent aujourd’hui par rapport à des paroles, des actes et des orientations du pape François ne relèvent-elles pas d’un durcissement analogue ?
Ceux qui dans le passé s’engagèrent dans cette sorte d’intégrisme avaient systématisé à l’extrême, dans une théologie d’école qu’ils identifiaient à tort au Magistère, les principes excellents discernés par celui-ci dans la foi. Dans leur zèle mal éclairé, ils avaient adopté – comme étant plus sûr – le contraire des opinions que le Magistère avait écartées, en oubliant que celui-ci condamne par mode de contradiction et non de contrariété, car le contraire d’une erreur est une erreur, puisque les contraires sont dans le même genre. La contradiction venant du Magistère nous demande de considérer autrement le mystère révélé dans notre intelligence de la foi en renonçant à nos systématisations excessivement « géométriques ». Ainsi, parmi de multiples exemples, les excellents principes christologiques de saint Cyrille d’Alexandrie et du concile d’Ephèse, systématisés à l’extrême par des épigones, aboutirent à l’erreur monophysite que devrait condamner le concile de Chalcédoine. Je crains de même que les excellents principes moraux développés à propos du couple et de la vie par le Magistère des derniers papes, systématisés de manière outrancière et par mode de contrariété dans une théologie d’école qui pense être la seule à pouvoir les tenir, aboutissent plus d’une fois à des thèses aussi contraires au sensus fidelium et même au simple bon sens que celles que j’ai évoquées dans mon entrevue. Non, ce n’est pas la théologie la plus raide et la plus « verrouillée » qui est la plus fidèle à l’Esprit qui conduit l’Église « vers la vérité tout entière » (Jn 16, 13). Non enim quia durum aliquid, ideo rectum, disait saint Augustin : « Ce n’est pas parce que c’est dur que c’est droit »- [5].

[1] On peut lire en ligne la traduction française de cet entretien : http://www.france-catholique.fr/EGL...
[2] Fides foedus. La fede e il sacramento del matrimonio, a cura di Alexandra Diriart e Stefano Salucci, ed. Cantagalli, Roma 2014.
[3] Voilà comment un grand patrologue résumait la position de certains Pères de l’Eglise avant le V° siècle : « Autre chose est pour l’Église d’accepter qu’un chrétien contracte de nouvelles noces et même de les bénir, autre chose est de tolérer, dans une certaine mesure, bien qu’elle soit adultère, par indulgence envers les personnes, une union conclue devant les instances civiles (pour l’Antiquité suivant des rites familiaux qui ont valeur devant la loi) et qui ne peut être rompue par suite des responsabilités qui en découlent » (Henri Crouzel s.j., L’Église primitive face au divorce, du premier au cinquième siècle, coll. « Théologie historique » n° 13, éd. Beauchesne, p. 372-373.
[4] « Parce que les actes humains pour lesquels on porte des lois consistent en des cas singuliers et contingents, variables à l’infini, il a toujours été impossible d’instituer une règle légale qui ne serait jamais en défaut. Or les législateurs, attentifs à ce qui se produit le plus souvent, ont porté des lois en ce sens. Cependant, en certains cas, les observer va contre l’égalité de la justice et contre le bien commun visé par la loi » (Somme de Théologie, IIa IIae q.120, a. 21, c). Dans ces cas, dit-il, « le bien consiste en négligeant la lettre de la loi, à obéir aux exigences de la justice et du bien public » (ibidem). Les principes généraux sont toujours universels, dit-il ailleurs, mais plus on aborde les choses particulières, plus on rencontre d’exceptions. (cf. Ibidem Ia IIae, q. 94, a.4). Dans l’article suivant (a.5), il affirme qu’il peut même y avoir des modifications à la loi naturelle, non dans ses principes premiers, loi divine non-écrite et immuable, mais dans ses « préceptes », seconds et positifs, en tel cas particulier et à titre d’exception en raison de certaines causes spéciales.
[5] Cité de Dieu, XIV, 9.

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